L'histoire dans l'Histoire

Le manoir de LOGUELTAS est toujours resté dans notre famille depuis son origine. Par le jeu des alliances successives, il a appartenu aux familles BECMEUR (jusqu’au milieu du 18è), ROCHAERZ, KERAUTEM du Cours, LE BESCHU DE CHAMPSAVIN. Pour l’anecdote sous l’ancien régime,les propriétaires étaient qualifiés de "Sieur et Dame de Locqueltas".

L’éloignement des propriétaires dans le Centre de la France au milieu XIX° et jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale a laissé le manoir relativement abandonné pendant près d’un siècle… Repris en main par les descendants, la famille BOISSELET, le manoir a fait l’objet d’une restauration progressive de pair avec la restructuration agricole et la réhabilitation de la forêt sur un site très vallonné. La dernière étape de cette restauration a été la création de 2 gîtes de 4 et 8 personnes dans l’aile est, qui constituait une dépendance du manoir.

D’importants travaux ont été menés de 2011 à 2013, dans un fidèle respect du caractère traditionnel des lieux et sous la houlette d’une architecte de Quintin avec l’intervention d’artisans locaux. Dans le plus petit gîte à l’extrémité de l’aile, baptisé « Gîte du Chapelain », a été conservée et restaurée une très belle cheminée en granit sculpté du 18 e qui curieusement se trouve au 1 er étage. En fait se trouvait à cet endroit la seule pièce habitable dans cette dépendance avec accès direct par l’escalier en pierre visible dans la cour du manoir ; cette pièce était sans doute réservée à un représentant du clergé (chapelain ? …) qui bénéficiait d’une
entrée particulière et du chauffage avec la cheminée. En atteste la pierre sculptée en croix initialement située à l’arrière sur le mur donnant sur l’ancien jardin (entrée actuelle des gîtes) et replacée au centre de la façade.

L’été, le manoir se visite. Vous pourrez y admirer dans la grande pièce, ex-cuisine :

  • La monumentale cheminée en granit (son montage à l’époque apparaît toujours mystérieux)
  • Le « potager » en granit avec 4 trous circulaires (« barbecue » de l’époque !) où l’on disposait des braises venant du feu dans la cheminée
  • Une auge en pierre pour les préparations culinaires
  • 2 niches en granit. Dans l’une d’elles est situé le morceau de poutre sculptée (récupérée lors des travaux de restauration) avec la signature de l’artisan de l’époque.
  • Des statues en bois : Vierge en bois polychrome et statue de Ste Barbe

Pour information, la location des gîtes permet avant tout d’entretenir les lieux, pour que ce beau patrimoine reste préservé pour encore de nombreuses générations !

La grande Histoire du Manoir de Logueltas

L’origine de la construction du manoir de LOGUELTAS date du XVIe siècle, comme l’atteste la signature de la poutre (dans la pièce principale du manoir) :

« Alain Le Trefennec 1582 »

Il a par la suite fait l’objet de plusieurs remaniements avec probablement divers réemplois. La dernière restauration extérieure a concerné les lucarnes en 1736 (date sculptée sur celle du milieu de la façade).

Le nom de LOGUELTAS ou LOQUELTAS ou LOCQUELTAS signifie le lieu dédié à Saint Gildas, ce moine irlandais établi dans la presqu’île de Rhuys qui a évangélisé la Bretagne au 6 e siècle, notamment en remontant par le cours d’eau du Blavet qui passe à proximité de Saint-Nicolas-du-Pelem (chaos rocheux de Toul-Goulic). On retrouve ce nom avec différentes orthographes à plusieurs reprises depuis le golfe du Morbihan.

Ce manoir-ferme construit en partie basse (près du point d’eau) était en cour fermée avec face au manoir un bâtiment d’exploitation du XVIIIe (attestée par une pierre datée conservée dans l’encoignure de la grande salle du manoir) détruit dans les années cinquante (il en reste le mur de soutènement recouvert de vigne vierge). L’exploitation agricole a été progressivement transférée à la ferme de Logueltas Nevez construite fin 19è de l’autre coté de la route.

Conformément à la tradition des manoirs bretons, le domaine comprend la chapelle du 18 e située face à la ferme près de la route, dédiée à St Gildas et St Herbot (statues en bois à l’intérieur et date sur le bénitier en granit). Le four à pain et la fontaine-lavoir (à l’arrière du manoir) sont probablement de la même époque.

LOGUELTAS était situé sur le territoire de la paroisse de BOTHOA (de Bot = demeure et St Doha, évêque du 5 e siècle), village distant de 3 kms à pied par la forêt et 8 kms par la route. L’histoire de Bothoa est assez fascinante. Jugez-en plutôt : Vaste paroisse dès 1407 en Haute Cornouaille dépendant du Diocèse de Cornouaille (Quimper) avec 4 succursales (Lanrivain, Canihuel, Kerien et Ste Tréphine) ; une des plus riches paroisses du diocèse avec près de 40 prêtres vers la fin du 18e, dont 5 vicaires à Bothoa et un bénéfice conséquent.

Puis Bothoa a périclité, tout au long du 19 e siècle, probablement du fait d’une situation géographique isolée des voies de communication ; le bourg a perdu son statut de chef-lieu de canton en 1836 et de paroisse en 1860, au bénéfice de St Nicolas du Pelem mieux situé , qui doit son nom au château du Pelem dont le propriétaire d’alors etait M. de Beaucours. Ce dernier fera don à la commune en 1870 de sa chapelle privée dédiée à St Nicolas pour devenir église paroissiale (et être alors dédié à St Pierre comme l’église de Bothoa). Bothoa est maintenant un très petit village rattaché à St-Nicolas du Pelem à 4kms du bourg principal.

Pour en revenir à LOGUELTAS, l’ensemble du domaine constituait jusqu’à la Révolution Française une seigneurie regroupant plusieurs exploitations agricoles et un hameau d’une certaine importance (près de 150 personnes recensées encore au milieu du 19e).

Ce domaine regroupé jusqu’au 18 e avec le manoir voisin du BOTCOL a appartenu jusqu’en 1755 à la famille BECMEUR dont on retrouve des mentions :
- A la montre * du 4 et 5 septembre 1481 à Carhaix : Charles de Becmeur de Loqueltas.
- A la montre * de l’évêché de Cornouaille 15 et 16 mai 1562 à Quimper : Hervé et son frère Morice Becmeur, sieur de Locqueltas.
Un enfeu situé dans la nef de l’église de Bothoa (reconstruite au 19e) rappelle cette famille quant ont été relevées les tombes dans le cimetière paroissial.